STEPHANE LAVOUE

LES ENCHANTEURS

EXPOSITION FESTIVAL RENCONTRES ARLES 2021

 

Publié le 22. juin 2021 avec Leica M

« Attiré depuis longtemps par les royaumes fantasmagoriques de la Bretagne, je décide d’aller voir si l’Ankoù accepterait de se faire tirer le portrait. En route donc vers les Monts d’Arrée, très vieux massif montagneux planté au coeur du Finistère.Tout au long de cet hiver-là, en parcourant les routes et chemins boueux de ces Menez Arrée, j’ai compris qu’on ne cherche pas l’Ankoù. C’est l’Ankoù qui vous trouve, le moment venu. Mais ce n’était pas mon heure. Il fallait que je garde mes distances et que je me tourne vers la vie. Celle des habitants de ce territoire. » Stéphane LAVOUE

 

On ne vous présente plus Stéphane Lavoué talentueux photographe et portraitiste, inlassable conteur et peintre de la lumière, rencontré  il y a une dizaine d'années et repéré dans le très beau magazine Fisheye. Stéphane Lavoué utilise un Leica M10-P et un Summilux M1,4/50 mm pour immortaliser les protagonistes de ses histoires.

Il se consacre depuis 4 ans à son travail personnel, récompensé par le prix Niepce et la prestigieuse résidence Pernod Ricard  en 2018 exposé à la dernière édition de Paris Photo. Trois livres presque tous épuisés, une grande exposition actuellement aux Champs Libres à Rennes, que nous vous recommandons d'aller voir avant le 7 novembre 2021.

Mais c'est aussi le festival des Rencontres d'Arles qui nous amène à vous présenter "LES ENCHANTEURS" exposé à la galerie Fisheye pendant le festival du 5 au 11 juillet 2021.

Une belle occasion de rencontrer cet auteur-compositeur de l'image, le vendredi 9 juillet à 18 h 00, pendant le festival et de repartir avec son dernier ouvrage signé !

 

 

 

 

 

Le souffle de l’Ankou

J’habite sur un gros caillou de granit au bout du Finistère. Je suis entouré de coupeurs de feu, rebouteux, sourciers, magnétiseurs, géobiologues. Une voisine, enregistre la voix des morts pour la transmettre aux vivants. La maison de derrière est hantée. Et la nuit, l’océan, tout prêt, fait résonner les cris des péris en mer. Je n’étais pas préparé à ça. Fils et petit-fils de médecin militaire agnostiques, je n’ai jamais cru aux histoires de fantômes… Même pas à celles que l’aumônier nous racontait à voix basse pendant les cours de catéchisme, essayant de nous sensibiliser à l’existence d’un haut-de-là !

Le seul à y croire, dans la famille, c’était Jean Corre, mon grand-père maternel. Né au début du XXeme, au pied du plus monumental calvaire breton, à Pleyben, bourg paysan du centre Finistère, aux portes des Monts d’Arrée. Fils de métayer, il a grandi au coin du feu en entendant les histoires de l’Ankou.

L’Ankou ? Je n’en avais jamais entendu parler. Jusqu’au jour où mon libraire, érudit d’histoire et de culture bretonne, m’a conseillé la lecture de La Légende de la Mort. L’ouvrage, un recueil d’histoires et de légendes collectées en Basse Bretagne par Anatole Le Braz à la fin du XIXème, témoigne des croyances et des rites pratiqués autour de la mort. Parmi les Intersignes (signes annonciateurs de la mort), le peuples des âmes errantes et les villes englouties, je découvre alors un personnage omniprésent : l’Ankou.

 

 

 

 

 

 

L’Ankou est le serviteur de la mort. Son ouvrier. Il collecte dans sa charrette grinçante les âmes des récents défunts. Cet homme squelettique aux cheveux longs et blancs, coiffé d’un large chapeau de feutre, drapé d’un linceul, porte à la main une faucille inversée. Sa tête, comme une girouette dans la tempête, tourne sans cesse pour qu’il puisse embrasser d'un seul coup d'œil toute la région qu'il a mission de parcourir.
Il semble régner en maitre dans son domaine des Monts d’Arrée où les âmes des trépassés errent au fond des marais.

Attiré depuis longtemps par les royaumes fantasmagoriques et soutenu par Les Champs Libres et le Musée de Bretagne, je décide d’aller voir si L’Ankou accepterait de se faire tirer le portrait.

En route donc vers les Monts d’Arrée, très vieux massif montagneux planté au cœur du Finistère.
Direction Brasparts, au pied des montagnes. Face au calvaire, à l’écart de l’église, on a bâti vers 1550 un ossuaire. On y disposait les restes des défunts et les boîtes à crânes. Je me retrouve face à un Ankou de granit, véritable squelette armé qui monte la garde sur chacun des rampants des pignons. Sur celui du Nord, il annonce "Je vous tue tous"!
Terrifié, je file le réfugier au « Feel Good », le seul bistro de Brasparts. Quelques cafés plus tard, toujours vivant, je reprends la route.

 

Stéphane Lavoué

 

 

 

Soudain, après quelques virages dans la brume, plus d’arbres ni maisons ni champs. Un trou, une dépression : je débouche sur le Yeun Elez, les tourbières lugubres surplombées par la chaine des Roc’h. Paysage irréel, terrifiant de beauté, au milieu duquel la légende situe le Youdig :
« Au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les « conjurés »(1).  Bienvenu chez l’Ankou !

Les jours et les semaines suivantes, j’ai parcouru les routes et chemins boueux de ces Menez Arrée. Je ne l’ai jamais recroisé… J’ai compris qu’on ne cherche pas l’Ankou. C’est l’Ankou qui vous trouve, le moment venu. Mais ce n’était pas mon heure. Il fallait que je garde mes distances et que je me tourne vers la vie. Celle des -rares- habitants de ce territoire. Ames errantes ou bien vivantes, il est très rare de croiser quelqu’un dans les villages que je traverse !

 

 

 

 

 

 

A Botmeur enfin, une rencontre. « Marion Gwenn est une sorcière, tout le monde le sait. »(2).  Elle a toujours vécu là, quelque part dans les Mont. Elle parle breton. Comme beaucoup ici. Son territoire est celui de L’Ankou. Elle a grandi avec les korrigans de la forêt de Botmeur. Elle tend l’oreille pour les entendre, la nuit. Son imaginaire d’artiste s’est alimenté de ces histoires légendaires.
Ça la fait bien marrer, tout ça. C’est très sérieux. Et pas du tout à la fois.

Marion m’embarque dans son univers, m’ouvre les portes de l’Enfer. « Tu verras, les gens meurent d’une drôle de manière par ici ! » Ah, revoilà l’Ankou !
Du druide au bucheron-korrigan, du forgeron qui sculpte d’immenses dragons de métal à la fée qui se baigne tous les jours nue dans la rivière, je circule plus aisément dans l’étrange maillage social des Monts d’Arrée.

 

 

 

 

Stéphane Lavoué

 

 

 

 

Tout au long de cette hiver dans les Monts d’Arrée et malgré la chaleur des rencontres et la surprise de la découverte d’un monde fantastique, j’ai vécu ces voyages traversé par une une sensation de froid glaçant. Le souffle de l’Ankou ? A aucun moment je n’ai trouvé de « refuge » dans ces montagnes. Je m’y suis tjs rendu avec l’envie d’en repartir, au plus vite. Sans doute pour échapper au vieillard et sa faucille…

Pourtant, lorsque de retour sur mes terres, je consulte mon medecin, pour cause de grande fatigue, elle me murmure : « tu as été envoûté, l’Ankou n’est pas passé loin… »
Cette fois-ci j’y ai échappé.

Enfin, c’est ce que je croyais…

Lorsque je regarde aujourd’hui les images de ce livre, je vois l’Ankou partout. Dans les yeux du renard, dans l’eau de la fontaine, dans le forêt et le feu, le long du bras du sourcier, autour de la chapelle.

Et dans le dos de Grégory. Il est le seul à avoir réussi à mettre la mort derrière lui…

 

 

 

 

 

Rencontre - signature avec Stéphane Lavoué

Exposition Les Enchanteurs

 

Galerie Fisheye

19 Rue Jouvène - 13200 Arles

Vendredi 9 juillet 2021 à 18 h 00

 

 

 

Livre LES ENCHANTEURS

aux Éditions 77

en partenariat avec le Musée de Bretagne

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